Le revolver Charter arms, une autre voie vers la simplification.

Nous verrons dans cet article les arbitrages qu’ont pris les concepteurs de la marque Charter arms pour produire leur modèle Undercover. Il s’agit d’un petit revolver de défense en calibre 38 (un grand classique). Je m’orienterai vers la simplification du mécanisme, de la poignée pistolet/pontet et de la carcasse en particulier. Avant d’aborder l’Undercover, nous ferons un petit retour en arrière pour voir l’évolution des carcasses de certains revolvers.

Le revolver Charter Arms.

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Un petit retour en arrière

Si l’on revient aux origines des revolvers, par exemple, en étudiant les vues éclatées ci-dessous, on pourra constater que, selon les époques, les moyens de production, les ressources disponibles…les choix des concepteurs ont évolués.

Les deux points important sont les différences de carcasse et de canon. Les barillets, les mécanismes de détente et de percussion ne changent quasi pas. Pour une période donnée, ils ont des formes très similaires.

Les canons octogonaux puis cylindriques filetés, ont  pris le dessus sur les canons possédant un renfort inférieur. Celui-ci servant pour les armes à carcasse ouverte a maintenir le barillet en place et à relier le canon à la carcasse. L’adoption des canons filetés sur la carcasse est aussi une simplification.

Les carcasses sont soit en une pièce (Remington 1858) soit composées de plusieurs petites pièces (Colt Paterson, Colt Navy 1851, Roger et Spencer, autres…). En divisant la pièce maitresse en deux, ou plus, on divise les risques de rebus d’une partie de l’arme ayant réclamée un nombre conséquent d’usinage et l’on crée des ouvertures qui autorisent l’accès  à certaines zones  inaccessibles auparavant  sans outillage complexe. Il devient alors plus rentable de produire des revolvers aux qualités équivalentes avec des outils de production plus simple. Les armes à carcasse ouverte, offrant moins de résistance, seront finalement abandonnées. On verra ci-dessous que Charter Arms utilise encore d’autres leviers pour optimiser la fabrication.

Vue de la carcasse et de sa poignée pistolet désolidarisée.

L’intérêt de l’arme qui a conduit à cet article est la poignée pistolet. Ce choix permet de diviser en deux la carcasse du revolver et de ne pas avoir de plaque de recouvrement latérale. Le revolver Roger et Spencer (1863-1865, 4° vue éclatée ci-dessus) est une version assez proche (du point de vue de la conception de la carcasse) de notre revolver Charter Arms. Le mécanisme Charter Arms est crée en 1964, environ 100 ans après le Roger et Spencer.

Des dispositifs sont venus compléter les premiers revolvers. La possibilité de double action, la sécurité à la percussion, le basculement du barillet, l’éjection des douilles, les organes de visée micrométrique, les poignées ergonomiques, les évents sur le canon, un rail de montage pour aide à la visée…. quelques soit les organes modernes ajoutés, on voit que certaines optimisations sont toujours d’actualité.

Le revolver Undercover de Charter Arms en 38 sp

Après renseignement pris auprès de l’entreprise, il semble que le canon a évolué dans le temps. Le modèle dont on parlera ici est antérieur à 1985. Le nouveau profil du canon inclus un logement pour la tige de l’extracteur. L’arme étudiée a donc plus de 32 ans. Je vous laisse juge de l’état de conservation.

Vous pourrez retrouver les divers modèles d’Undercover et les tarifs sur le site web du producteur en suivant ce lien : https://charterfirearms.com/collections/undercover

Take a tour of our facility in this video that we made for our fans and customers who are interested in taking a closer look at Charter Arms.

Publiée par Charter Arms sur Jeudi 26 mars 2015

Cette vidéo, pour les amateurs de technique armurière, permet de voir dans quel environnement sont fabriqués les revolvers Charter Arms. Plusieurs vidéos sont disponibles sur la page Facebook de l’entreprise : https://www.facebook.com/CharterFirearms/

Charter Arms compte 42 employés.

Certaines pièces de l’Undercover sont produites par micro-fusion. C’est le levier supplémentaire dont se sert Charter Arms pour abaisser les coût de production et réduire les temps de fabrication. Ce n’est pas très surprenant lorsque l’on apprend que le fondateur de cette société (en 1964) Mr Douglas McClenahan est un ancien de Ruger. Cette autre firme utilise massivement ce procédé. L’undercover est le premier modèle de la marque. Il est composé de 48 pièces. Il a été fabriqué à ce jour à prés de 1,5 millions d’exemplaires. C’est à partir de cette base que sont formés d’autres modèles selon le calibre, la longueur de canon, la finition…

Grace à sa poignée caoutchouc, l’arme tombe très bien en main. Du moins dans la mienne car c’est une question de morphologie. Je la trouve bien équilibrée.

Caractéristiques :

  • Poids de l’arme : 590 grammes (barillet vide) ;
  • Longueur de l’arme : 197 millimètres ;
  • Epaisseur de l’arme (barillet) : 33 millimètres ;
  • Epaisseur au niveau de la poignée caoutchouc : 29 millimètres ;
  • Longueur du canon : 47,7 millimètres ;
  • Nombre de rayures : 8 rayures à gauche ;
  • Poids du départ en simple action : 2,8 kg / 3 kg ;
  • Poids du départ en double action : 4,3 kg / 4,5 kg ;

La poignée pistolet/pontet

La poignée / pontet seule.

Elle est fixée par trois points sur la carcasse. Une vis (3,5 mm) et deux goupilles (2,5 mm et 2 mm) la maintienne en place. La pièce à une épaisseur unique : 8 mm. C’est une pièce solide mais légère.

La granulométrie de la micro-fusion est très fine. Après le perçage des axes, la finition semble être l’étape suivant la micro-fusion.  Je ne serais pas surpris qu’ un simple polissage des pièces soit suffisant pour obtenir une pièce finie. Le polissage est très propre et très fin.

La jonction entre la carcasse et la poignée pistolet n’est pas très soignée, du moins pour le modèle que nous avons sous les yeux. L’écartement entre les deux pièces est par endroit très espacé. Voir les photos ci-dessus. Il serait intéressant de constater si sur les versions plus récentes le défaut a été pris en compte rt le jeu réduit.

La poignée pistolet sert de point d’appui au ressort récupérateur.

Elle est du type ’round butt’ (poignée arrondie sur le dos).

Cette pièce ne demande pas une grande précision. Ce n’est donc pas un problème si elle est obtenue par micro-fusion.

La carcasse

Elle aussi est tirée d’une ébauche obtenue par micro-fusion.

On voit au niveau de la table de tir l’aspect peau d’orange laissé par la micro-fusion. Juste la surface utile est polie. Soit l’appui du culot de la cartouche et l’appui de l’étoile du barillet. Cette surface est plus facile à polir car elle est en légère surépaisseur.

Il y a une entaille en angle droit qui selon moi sert de référence pour le positionnement sur les montages avant usinage.

L’intérieur est très épuré. Il n’y a pas d’usinage inutile. On est très loin des Colt ou Smith et Wesson cependant les fonctions sont les mêmes. Les usinages internes sont propres. Le constructeur n’a pas laissé ces surfaces brut de micro-fusion. Les usinages internes sont bien exécutés.

Le percuteur cylindrique est porté par la carcasse. Une goupille le retient dans son logement. Pour qu’il y ait percussion, il faut que la sécurité de percuteur soit en position haute, c’est à dire que le tireur presse la détente.

Le levier de déverrouillage du barillet est assez synthétique. Le poussoir est une pièce issue de micro-fusion.

Contrairement aux carcasses de revolver de marque Colt ou Smith et Wesson qui ont une plaque de recouvrement du mécanisme, le Charter Arms n’en a pas. C’est pour la marque un argument publicitaire qui, selon eux rendrait la carcasse plus robuste.

Le canon est vissé dans la carcasse. Voici quelques photos du logement du canon.

Le mécanisme

Le marteau est une pièce massive large et bien finie. Un trou est percé de part en part pour l’alléger. Ce qui lui donne une plus grande vitesse de percussion aussi. Le cran d’armé du marteau est bien défini, son arrête est vive.

La détente est produite par micro-fusion. L’élévateur de barillet et la sécurité de percuteur sont attelés à la détente. Ces deux pièces sont assez fines, elles semblent fragiles. La détente actionne aussi le verrou de barillet. On le voit dans son logement sur les photos ci-dessous.

L’axe de marteau est une petite vis qui comporte très peu de filets. Elle me semble inadaptée.

La vis d’axe de marteau.

Le ressort de marteau est un ressort hélicoïdal. Bien que souple, il s’additionne avec la masse du marteau. La percussion est franche.

Le mécanisme est agréable à manœuvrer en simple et en double action. On ne ressent pas de point dur. “Ca ne gratte pas non plus”.

Le barrillet

Je ne m’attarderai pas trop sur le barillet, il est assez classique. La pièce est bien finie. Cette pièce ne semble pas venir de micro-fusion ou du moins, elle n’en porte pas les traces.

Il serait intéressant de savoir si l’entreprise produit toutes ses pièces elle même ou si elle sous traite certaine fabrication. Il faut de nombreuses opérations d’usinage pour produire un barillet. Ca peut être plus rentable de le sous-traiter si l’on a un fournisseur pérenne et sérieux à proximité.

Le barillet n’est pas aisé à démonter complètement. Une vidéo en ligne est consultable sur la page Facebook de l’entreprise. La difficulté réside dans le fait de devoir retirer une petite goupille se trouvant dans l’axe central. Avec trois mains se serait plus simple.

La lettre L est frappé sur la face arrière du barillet. La même lettre est également frappé sous le canon.

La longueur du barillet est 38,5 mm. Son diamètre : 33 mm.

Le pivot du barrillet provient de micro-fusion. Il semble être en deux parties. Comment ces deux pièces sont assemblées : vissées, en force à la presse, collées…? Quelle est la durée de vie de cet assemblage. Un torture test complété par le retour d’expérience du SAV pourrait affiner la réponse.

Sur d’autres modèles de marque prestigieuse, cette pièce est beaucoup plus compliquée.

Le canon

Le canon mesure : 47,7 mm.

Il a 8 rayures qui tournent à gauche. Le profil externe est cylindro-conique.

Il est vissé sur la carcasse. Le filetage est de : 12,7 mm x 28 filets au pouce.

Je n’ai pas trouvé de trace de colle sur le filetage. Le canon est juste serré au couple. Par manque de temps pour me confectionner un outillage plus adapté, je n’ai pas pu définir ce dernier.

Les éléments de visée

Revolver Charter Arms Undercover, la hausse fixe.

En bonne arme de défense, les éléments de visée sont fixes. La hausse est taillée dans la carcasse.

Le revolver Charter Arms Undercover, le guidon.

Le guidon est rapporté sur un canon cylindro-conique. Dans la version d’après 1985, le canon est plus complexe. Il possède un logement qui protège la tige de l’extracteur.

Le marketing

Dans un marché concurrentiel, il peut être essentiel d’avoir une politique d’accompagnement du consommateur.

Les revolvers Charter Arms sont garantis à vie. Vous trouverez ci-dessous la philosophie de la maison.

Conclusion

J’ai pris le parti de lier cet article au passé en prenant pied à l’origine des revolvers. Cela, je pense, a permis de se rappeler qu’il existe un fil conducteur ponctué par  les avancées technologiques, les ressources disponibles, les choix des constructeurs…les goûts des consommateurs. Même à l’heure des commandes numériques alors que de nombreuses opérations restent manuelles, les fabricants modernes cherchent a simplifier leur production. D’où l’intérêt du saut dans le passé et de la recherche de liens.

Depuis l’apparition des pistolets automatiques compactes, fiables, de grande capacité, on pourrait se demander, au jour ou j’écris cet article, à quoi cela sert de concevoir et de construire des revolvers. Que ce soit par choix personnel ou qu’ils soient profondément ancré dans l’inconscient collectif, les revolvers ont existé à travers plein d’évènement marquant et rustique. Si ils ont traversé des temps parfois troublés c’est qu’ils en avaient les capacité techniques et que peut être il n’y avait pas d’autres outils adaptés disponibles. Voir les articles : https://gunsmithdesigner.com/index.php/2016/07/25/revolver-mas-mle-1892-evolution-de-la-conception-armuriere/ et https://gunsmithdesigner.com/index.php/2016/08/07/comparatif_calibre_ammo_8-mm_1892_765browning_32acp/

La firme Charter Arms est peu connue en France.  Comme d’autres, elle doit vendre pour exister et est donc condamnés à proposer sa production sur un marché américain très concurrentiel. De nombreux critères entrent en compétition pour le choix d’une arme compacte. Le prix est un des critères important. Cela implique de diminuer le temps passé sur chaque arme, d’optimiser l’outil de production, de réduire tous les achats, de réduire le nombre de pièces, de diminuer le nombre d’employés, d’externaliser certaines tâches, de développer une gamme d’accessoires pour compenser le faible rendement d’une arme. Le mécanisme Undercover est un exemple de tout cela. Il emploi des procédés de fabrications certes rapides mais très bien maitrisé. Est ce un tort ?

L’Undercover n’est pas dénué d’atout. Bien que cette version soit ancienne, elle a très bien traversée les temps. C’est je pense, une preuve de sa bonne conception et bonne réalisation.

Dans sa catégorie, l’Undercover est plûtot bien fini. Il faudrait  voir dans le temps comment se comportent les multiples simplifications. Certaines vidéos sont en ligne et permettent de mieux appréhender divers problèmes qui surviendrait après achat.

Bien que je n’ai pas eu toutes les réponses à mes questions, je souhaiterais remercier Mme Ashley Eckert, de la société Charter Arms, qui a répondu à quelques unes d’entre elles. C’est toujours difficile d’obtenir des informations techniques, la propriété industrielle se heurte à la diffusion au publique. La propagation de connaissances techniques sur l’armement est la raison de l’ouverture du site Gunsmithdesigner.com.

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