Le pistolet AMT Backup 2 en 380 acp

Par le précédent article, nous avons vu un revolver de défense de micro-fusion. Dans ce nouvel article, nous verrons un pistolet de défense fabriqué en grande partie avec le même procédé. Deux équivalents sur certains points : de même capacité, de puissance similaire mais avec pour chacun une identité propre et donc des avantages et inconvénients propre.

L’arme présente sur les photos est ‘dans son jus’. Elle a été succinctement nettoyée mais sans plus. Ce sera l’occasion d’un développement futur en conclusion.

Une nouvelle fois ce qui va animer cet article c’est la volonté de montrer du doigt les choix des concepteurs.

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Présentation de l’arme

Le Backup II est un petit pistolet de défense qui a été produit de 1993 à 1998 par  le fabricant AMT. L’entreprise a été fondée en 1977, Arcadia Machine and Tool (AMT) était un fabricant d’armes à feu d’Irwindale en Californie. La production d’arme par AMT semble s’étaler de 1982 à 1995. Depuis cette date, l’entreprise a été rachetée à plusieurs reprises pour finalement l’être par High Standard. Sur le site internet de cette dernière entreprise, ici, on ne peut pas dire que les produits AMT soient fortement représentés.

Vous retrouverez ici plus en détail les modèles proposés à l’origine par AMT. L’entreprise a construit ses armes autour de procédés rapides d’obtention de pièces, je pense à la micro-fusion. Il est impressionnant de voir, sur la totalité des pièces, le pourcentage de celles-ci qui sont réalisées à partir d’une ébauche obtenue par micro-fusion.

Caractéristiques de l’arme :

  • Calibre : 380 auto, 9 mm Browning court,  9 x 17 mm ;
  • Longueur de l’arme : 149 mm ;
  • Hauteur de l’arme (avec chargeur) : 94 mm ;
  • Hauteur de l’arme (sans chargeur) : 101 mm ;
  • Epaisseur de l’arme : 23,5 mm ;
  • Poids de l’arme (avec chargeur vide) : 462 grammes ;
  • Poids de l’arme (avec chargeur garni de 5 cartouches) : 507 grammes ;
  • Capacité du chargeur : 5 coups ;
  • Matière : acier inox, plastique, aluminium ;

Ce pistolet est une arme à culasse non calée, dit autrement, il n’y a pas de verrouillage.  La pression n’est pas suffisante pour devoir maintenir la culasse liée au canon avant la sortie de la balle du canon et donc la retombée de la pression. L’inertie de la culasse, la force du ressort récupérateur, l’armement du marteau sont des forces, entre autres, qui retardent l’ouverture de la culasse. Le mécanisme est plus simple, les pièces moins compliquées à construire et à assembler. On ne peut pas utiliser ce type de mécanisme avec tous les calibres.

Selon les normes CIP pour le calibre 9 mm court ( 9 x 17 mm , 380 auto) :

  • La pression maximale moyenne : 1500 bar ;
  • La pression moyenne d’épreuve : 1950 bar .

Cartouches 380 ACP, 9 x 17 mm, 9 mm court.

Le 380 auto est un excellent calibre. Concomitamment au fait d’avoir de faibles pressions (comme on l’a vu ci-dessus : il en résulte des armes simples car sans verrouillage), la vitesse de la balle est subsonique donc l’emploi d’un modérateur de son doit être terriblement efficace. Et cela avec un poids de balle supérieur au 7,65 mm Browning. Donc une énergie à l’impact supérieure mais une flèche supérieure aussi. Gardez cela dans un coin de votre esprit et testez le quand vous en aurez l’opportunité.

La carcasse

Caractéristiques de la carcasse :

  • La carcasse (sans le canon) entre dans un bloc capable de dimensions : 120 mm x 73 mm x 16 mm (la hauteur passe à 88,5 mm si on inclus le canon) ;
  • Matière : acier inoxydable ;
  • Les dimensions du logement de chargeur : 28 mm x 11,66 mm ;
  • Nombre de pièces :

La carcasse d’un pistolet est comme celle d’un revolver, c’est une pièce maitresse qui réunit les emplacements des fonctions majeures : logement du mécanisme de détente, logement du mécanisme de gâchette, logement du marteau, logement du ressort de marteau, logement du chargeur, logement du canon, les rails de guidage de la culasse… Donc beaucoup d’usinage important sur une seule pièce qui est finalement un carrefour ou pour reprendre un mot à la mode dans le monde de l’armement contemporain : une plateforme.

AMT Backup II, vue du logement du mécanisme de percussion.

Certaines de ces fonctions dépendent l’une de l’autre. Chacune d’elle est le maillon d’une chaine ou les tolérances de fabrication des pièces influent sur la longueur de la chaine. L’armurier est là pour harmoniser le tout.

Il n’y a pas de sécurité de percuteur, une pédale de sécurité (pièce de micro-fusion) au dos de la poignée limite la course de la gâchette lorsque la main du tireur ne presse pas entièrement la poignée.

L’usinage du logement de queue de détente est souvent un ensemble d’usinage complexe sur le Backup II ce n’est pas le cas. Deux usinage simples … et cela fonctionne.

Les plaquettes de crosse sont en plastique noir.

Le canon

Il existe plusieurs façon de maintenir un canon à sa place. Ici, le canon est soudé sur la carcasse. Ce n’est pas un choix très courant. Un canon fixe améliore la précision. Nous étudions ici une arme de défense, la précision n’est pas forcément ce qu’on lui demande le plus. Ce n’est donc pas pour des raisons de précision que le canon est fixe mais probablement pour certaines facilités de fabrication. Des traces d’usinages existent au niveau de la soudure qui démontre qu’une étape est organisée après soudure pour réduire d’éventuelles surépaisseurs.

Le canon mesure : 67 mm (chambre incluse).

Les parois du canon sont fines :  Son diamètre extérieur est de : 12,8 mm. Les normes CIP donne pour ce calibre les dimensions d’âme suivantes :

  • Sommet des rayures : 8,84 mm ;
  • Creux des rayures : 9,04 mm ;
  • Pas des rayures : Selon le constructeur : 1 tour sur 16 pouces  (soit 406 mm), selon les normes CIP : 250 mm ;

Le diamètre de la chambre est : 9,62 mm. Soit une épaisseur de parois au niveau de la chambre de : 1,59 mm.

Le logement de l’extracteur est sur la génératrice supérieur du canon.

Le mécanisme de détente et de percussion

Le mécanisme est assez simple, Il ne fonctionne qu’en simple action. Il est composé d’une détente, une barrette séparatrice, une gâchette, un marteau. le tout animé par quelques ressorts.

AMT Backupup II, les pièces constituant le mécanisme.

Deux suretés existent sur cette arme :

  • Une pédale de sureté intervenant sur la gâchette. Si le servant ne presse pas complètement la pédale, la gâchette ne peut pivoter autour de son axe.

  • Un levier de sureté coté gauche qui lui aussi agit sur le déplacement de la gâchette.

AMT Backup II, la détente.

La détente est produite par micro-fusion. Le ressort de la détente se place en son centre. Quelques points d’oxydation sont présents.

AMT Backup II, la barrette séparatrice.

La barrette séparatrice est en deux morceaux. L’épaisseur de cette pièce est : 1 mm. Cette pièce parait fine…mais bon ça fonctionne. Un petit cylindre est serti dessus.

AMT Backup II, la gâchette.

La gâchette est une pièce de micro-fusion. Elle a une excroissance de chaque coté. A gauche pour limiter les mouvements par la sureté manuelle, à droite pour la pédale de sureté arrière et la barrette séparateur. La gâchette de l’arme que l’on voit ici est oxydée comme plusieurs pièces du mécanisme.

AMT Backup II, vue du marteau et de ses 2 crans.

Le marteau est une pièce de micro-fusion. Il est fendu en son centre pour recevoir l’éjecteur. Deux crans ont été taillés à sa base. Un cran demi armé et un cran armé.

AMT Backup II, vue sur l’éjecteur qui se trouve au centre du marteau.

L’éjecteur se trouve au milieu du marteau. Il s’agit d’une tôle découpée visiblement par emboutissage.

AMT Backup II, l’arrêtoir de chargeur.

Le verrou de chargeur est une pièce aux formes complexes. Il aurait été particulièrement long et couteux de le réaliser autrement qu’en micro-fusion. Il faut déchausser l’arme pour extraire le chargeur. L’arrêtoir de chargeur se trouve à la base de la poignée. Dans une action d’urgence, il y a moins de chance de perdre le chargeur en pressant un poussoir qui se trouverait près du pouce… A voir selon les goûts.

AMT Backup II, la pédale de sureté.

La pédale de sureté est aussi une pièce de micro-fusion. Tout comme la barrette séparateur, les parois de la pédale sont très fines. Cela démontre la finesse de ce procédé.

La culasse et la simplification par la division

La chose importante du point de vue de la conception et qui relie cet article au précédent, c’est la culasse. Seule la culasse à suivi la voie de la simplification par la division. Celle-ci est en deux parties. Je  les appellerais le corps de la culasse et la tête de culasse. (voir photos ci-dessous).

Le ressort récupérateur et sa tige guide se logent sous le canon.

La culasse entre dans un bloc capable de : 124,5 mm x 31,5 mm x 20,3 mm. Elle en acier. Je pense que l’ébauche de la pièce provient de micro-fusion. Je dis “je pense” car ce n’est pas flagrant. Ce qui me fait dire cela est la forme de l’emplacement du marteau. Le  marteau n’étant pas apparent, il faut lui aménager un emplacement interne (comme sur le pistolet Ruby). Ce logement, sur le Backup II, ne peut être obtenu par un usinage classique (fraisage), il n’a pas de trace de fraise (rayon de la fraise, ici les angles sont vifs). La micro-fusion est très fine.

La culasse est en morceau, ce qui divise la difficulté de fabrication. On crée ainsi des accès là ou on il n’y en avait pas. On limite le nombre de rebus possible après des usinages complexes. Le choix d’avoir une cuvette de tir amovible est très utile aussi si l’on fabrique un même modèle d’arme en plusieurs calibres. Si le corps de culasse est identique pour différents calibres, il suffit alors de changer la “tête de culasse” selon la version. Le Backup II n’existe qu’en 380 auto.

La tête de culasse est amovible. Elle entre dans un bloc capable de : 35,3 mm x 14,8 mm x 14 mm. Elle est maintenue sur le corps de la culasse par une goupille élastique type mécanindus (diamètre : 3 mm). L’effort produit par les gaz de combustion ne s’applique pas sur la goupille. Dit autrement, la pièce secondaire n’est pas seulement maintenue en place par une goupille élastique. Mais le concepteur a aménagé des surfaces d’appui de la pièce secondaire sur le corps de la culasse. Au départ du coup la pression appliquée par l’intermédiaire de l’étui vient plaquer la pièce secondaire sur ses butées arrières, dans le corps de la culasse.

La tête de culasse se démonte par le dessus du corps de la culasse, après extraction de la goupille. Il faut prendre soin de rentrer le percuteur dans son logement avec un tournevis fin ou en utilisant l’extracteur (voir plus loin dans cette article) sinon vous ne pourrez pas désolidariser les deux pièces car il butte à l’intérieur du corps de culasse.

La culasse n’est pas dotée d’une sécurité de percuteur.

Le poids de la culasse complète est : 178 grammes. Le poids du corps de la culasse est : 145 grammes. Le poids de la tête de la culasse est : 32 grammes. Le poids de la goupille d’assemblage est : 1 gramme. Ces données sont importantes à des fin de comparaison entre arme de même catégorie, calibre.

La culasse est guidée à l’avant par le canon, à l’arrière par deux petits tenons à droite et à gauche de la carcasse. Le canon dépasse de 1,8 mm de la culasse. La course de la culasse  : 34,35 mm (de sa butée avant à sa butée arrière).

La longueur maxi de la cartouche (selon les normes CIP) : 25 mm. La longueur maxi de l’étui : 17,33 mm.

Une excroissance du dessous de l’extracteur maintien le percuteur dans son logement. Finalement une seule goupille (celle de l’extracteur, ou plus exactement un axe) donne la cohésion à l’ensemble.

L’excroissance de l’extracteur qui maintien le percuteur est utile pour la désolidarisation de la tête de culasse du corps de culasse. En effet, l’arrière du percuteur bute dans l’intérieur de la culasse lors du démontage. Hors en relevant l’extracteur, vers le dessus, cela a pour but d’enfoncer le percuteur dans son logement donc l’arrière du percuteur ne bute plus dans l’intérieur de la culasse.

Le chargeur

Caractéristiques :

  • Dimensions du chargeur : 85 mm x 40,2 mm x 16 mm ;
  • Dimensions de la section du chargeur : 27 mm x 11,4 mm ;
  • La contenance du chargeur : 5 cartouches ;
  • Nombre de pièces : 5 ;

La planchette élévatrice et le verrou de fond de chargeur sont en plastique. Le fond de chargeur est en aluminium, il possède une forte excroissance qui est très importante pour la prise en main de l’arme. Sans celle-ci, le tireur aurait la place pour un doigt et demi… voir un seul selon sa morphologie.

Le fond de chargeur en alu qui fait office de repose doigt.

Conclusion

Si l’on compare le pistolet Backup II et le revolver de Charter arms, ces deux armes ont des similitudes. Mais alors …lequel choisir pour sa défense ? Est il plus intéressant de prendre un revolver ? un pistolet ? Doit on privilégier un mécanisme en simple et double action ou un pistolet chambré marteau à l’armé et doté d’une pédale de sureté ? Est ce que l’on pourrait porter un revolver chargé, marteau à l’armé sous prétexte que l’arme est doté d”une sécurité de percuteur ? Est on certain que 5 cartouches suffiront à régler le problème auquel on doit faire face ? Dans le cas inverse, quel mode de rechargement est le plus efficient ? Ces questions ont pour but de provoquer la réflexion du lecteur les divers choix.

Les revolvers sont, je pense, comme les fusils à pompe. Bien que les fusils automatiques en calibre 12 existent, les fusil à pompe ne seront probablement jamais détrônés et bien que l’on perde en rapidité de tir et temps d’alimentation on gagne en fiabilité et en rusticité. Le revolver fait parti de l’éventail des choix possibles d’un collectionneur et d’un usagé.

L’arme que nous avons vu ici est dans son jus. Elle n’a été que très succinctement nettoyée pour la rédaction de cet article. Elle est sensée être en acier inoxydable or on a vu sur les photos qu’une légère fleur de rouille est présente par endroit. Il aurait été aisé de sabler l’arme pour retirer cette fleur de rouille (même dans les plus petits recoins) et de lui redonner un air de jeunesse. Tout ça pour dire qu’un démontage intégrale est de temps en temps utile même si les armes sont vendues comme étant en acier inoxydable, certain de ces aciers s’oxydent. Cela évite aussi les mauvaises surprises après l’achat ou la récupération d’une arme d’occasion.

Lorsque autant de pièces d’une même arme sont fabriquées par ce procédé, l’économie de temps doit être conséquente encore faut il que les pièces soient correctement finie. Deux écoles pourrait être en compétition. La première serait de limiter au stricte minimum les interventions après ébauche (on accepterait alors des imperfections d’état de surface et un rendu un peu brut), la seconde serait de réaliser des ébauches avec suffisamment de matière pour réusiner toute les surfaces et avoir dans ce cas une pièce esthétiquement parfaite au tolérances plus fines. Dans ce cas, on ne bénéficie pas entièrement des économies offertes par la micro-fusion.

La réputation des armes AMT n’a pas toujours été fantastique : problème de construction, de conception , de finition , d’alimentation. C’est selon certaines sources internet la raison de la revente de l’entreprise. Que vaut une entreprise dont les produits ne sont pas fantastiques ? Pourquoi acheter une entreprise si les fruits de celle-ci ne sont viable ? C’est une question dont il serait intéressant d’avoir les dessous pour les armuriers qui seraient tentés d’investir dans une marque ou d’en créer une.

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