Le mécanisme Manufrance Buffalo

J’aimerais vous faire découvrir ou redécouvrir un mécanisme très intéressant. Il a été décliné dans différents calibres et même dans les versions, “Eureka” et “Mitraille”, tirant respectivement deux et trois coup en même temps. Ce mécanisme est celui de la carabine Manufrance modèle Buffalo. Nous l’étudierons via divers extraits de catalogues et une version didactique.

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Le mécanisme Buffalo

De l’assemblage d’une arme autour d’un mécanisme Buffalo, il en résultera une arme très élégante. Lorsque l’on recherche des armes modernes de calibre identique ou de type similaire, on va rencontrer essentiellement des carabines dites de jardin. Or le cachet et la finition de ces équivalents modernes non absolument rien à voir avec la conception, le charme et la finesse de la Buffalo. Les carabines Manuarm ou Gaucher sont des équivalents modernes plus économiques et plus grossières aussi.

Vue normale et en coupe

Distribué autour d’une carcasse massive en acier, le mécanisme Buffalo  est composé de peu de pièces mais des pièces de bonnes dimensions. Il parait peu probable qu’un bris de pièce survienne. Le cas échéant, je pencherais d’avantage vers la casse d’un ressort mais pas celui du percuteur, il est énorme. Bien que ce mécanisme soit d’apparence simple, les formes de ces éléments sont loin de l’être et demandent de nombreuses étapes d’usinage, d’ajustage et de finition. Les formes de l’élément principal de l’ensemble mobile par exemple ne se font plus sur des armes modernes. De nos jours, on recherche principalement des formes géométriques standards facilement réalisables. Ce qui est quelques part une aberration puisque de nos jours les machines à commande numérique peuvent faire des merveilles. Il apparait alors que nos pairs préféraient d’avantage l’élégance à la rentabilité maximale. Peut être aussi qu’une certaine complexité mécanique était la norme et ne les empêchait pas d’être rentable…à méditer.

Vue du mécanisme en coupe

Mécanisme Buffalo didactique

La carabine Buffalo est une arme à verrou dont le verrouillage se fait directement sur le canon. Le canon porte les tenons, la culasse-obturateur porte leurs logements, en règle générale c’est l’inverse. Les tenons de verrouillage sont massifs, chacun mesure : 15 mm de haut, 5,8 mm de largeur, 1,3 mm d’épaisseur. L’obturation ou l’ouverture se fait en 1/4 de tour, en manipulant le levier d’armement. Cette pièce regroupe plusieurs fonctions tel que : le verrouillage/l’obturation, l’armement du percuteur, une sécurité de percuteur par la non percussion si le levier d’armement n’est pas en position basse.

Le canon est vissé sur la carcasse par un filetage de 28 x 100. Deux petites vis d’arrêt le maintiennent en place de chaque coté du canon. Divers versions et profils ont été fabriqués. En raison de la présence des tenons de verrouillage sur le canon, si l’on souhaitait démonter ce dernier, il faudrait, après avoir ôté les deux petites vis d’arrêt de chaque coté, visser le canon  afin qu’il sorte par l’arrière de la boite de culasse.

Grâce à un pan incliné qui force le percuteur à reculer, le servant arme le percuteur lorsqu’il actionne le levier de la culasse. Le percuteur reste à l’armé sur la gâchette quand l’ensemble mobile est ouvert. La gâchette est portée par l’ensemble mobile.

Le mécanisme de percussion de la carabine Manufrance Buffalo.

Vue de la partie basse de l’ensemble mobile.

En refermant le bloc culasse ou l’ensemble mobile, la gâchette vient de nouveau se placer au dessus de la queue de détente. Une fois le chargement et l’obturation réalisés, le tireur s’il actionne la queue de détente pourra faire feu.

Le canal de percuteur.

Manufrance Buffalo, le percuteur.

L’aspect télescopique de la culasse permet de réduire l’encombrement du mécanisme tout en ayant un vrai accès à la chambre ce qui est très important puisqu’il s’agit d’une arme à chargement manuel. Peu d’armes modernes autorisent un accès aussi important. Culasse fermée, le mécanisme à une longueur de : 148 mm (sans compter la partie qui entre dans le fût).

Vue sur le percuteur et le canal de prcuteur.

Vue de dessus, la culasse est verrouillée, le percuteur est à l’armé.

Les pièces sont toutes parfaitement réalisées, on ne trouve pas de trace d’usinage à la surface de celles-ci. Seul le temps et la corrosion en ont maltraité certaines.

La crosse est vissée sur la carcasse. La vis est accessible sous la plaque de couche. Si vous changez cette vis, faites attention à sa longueur, elle peut agir sur le mécanisme (notamment venir toucher la queue de détente).

Le démontage de l’ensemble mobile :

Le démontage utilisateur du mécanisme de la carabine Buffalo consiste en la désolidarisation de l’ensemble mobile de la carcasse puis de l’obturateur et du percuteur.

  • Déverrouiller et ouvrir la culasse ;
  • Pousser la queue de détente vers l’avant ;
  • Tirer l’ensemble mobile vers l’arrière pour le désolidariser de la carcasse ;
  • Récupérer l’extracteur qui va, suite à l’étape précédente, sortir de son logement ;
  • Forcer (raisonnablement) l’ouverture du levier d’armement au delà de sa butée ;
  • Sortir la culasse-obturateur vers l’avant ;
  • Appuyer sur la gâchette pour libérer le percuteur (ne pas se mettre en face) en s’aidant d’une butée en bois.

Le démontage du restant des pièces en place demande de l’outillage.

Si vous possédez un exemplaire de cette arme, ce serait probablement une bonne chose de démonter l’ensemble queue de détente/levier de démontage car il est fort possible que ces pièces et leur logement n’ont pas connues de nettoyage depuis de nombreuses années. Pour ce faire, vous devez chasser les deux goupilles au dessus de la queue de détente. Pour la même raison, poursuivez par le démontage de la gâchette. Nettoyer consciencieusement l’ensemble (pièces, ressorts et logements) puis remonter le tout proprement après un léger graissage. Si vous ne vous sentez pas capable de le faire, ou si vous n’êtes pas capable de le faire proprement (ce qui à mes yeux est pareil), faites le faire par un professionnel. Ne considérez pas que ce soit de l’argent perdu, vu qu’il s’agit d’une arme qui ne peut prendre que de la valeur, c’est un investissement.

Détails de l'ensemble mobile.

Manufrance Buffalo, mécanisme en position ouvert

Des canons particuliers

Comme cité dans l’introduction, le mécanisme s’est décliné dans des versions particulières : la Buffalo Mitraille et Buffalo Eureka.

Gravure carabine Buffalo Mitraille

Buffalo Mitraille

Gravure carabne Buffalo Eureka

Buffalo Eureka

Qui s’amuserait de nos jours, à percer dans un même barreau d’acier deux ou trois âmes ? Probablement pas grand monde. La raison est que cet exercice rassemble plusieurs difficultés majeures, à savoir:

  • Le perçage sans que le forêt ne dévie de sa trajectoire sur une longueur de 45 à 60 cm ;
  • Le rayage de l’âme du canon alors que ce dernier ne se trouve pas au centre du barreau. Il est plus difficile de trouver une surface de référence dans ce cas ;
  • Le résultat en cible doit être groupé à une distance de référence et pas trop se disperser si l’on s’écarte de la distance de référence.

Il est facile de percer un barreau de métal d’un seul trou traversant. Si l’on désire obtenir un canon concentrique, il suffit alors de passer au tour à métaux l’extérieur du barreau et ainsi obtenir l’extérieur en ayant comme référence l’intérieur (usinage entre-pointe). Or ici, c’est bien plus complexe. Comme si la carabine Eureka ne suffisait pas avec ses deux âmes dans un seul barreau, les ingénieurs de Manufrance ont conçu la Buffalo mitraille qui possède 3 âmes.

Puisque ces deux ou trois coups partent en même temps, cela implique un percuteur adapté. Puisque l’on est amené à extraire les trois étuis tirés ensemble, il faut également un extracteur à deux ou trois emplacement. Donc une pièce aussi plus complexe.

Il serait intéressant de connaitre quelles ont été les motivations des ingénieurs de Manufrance ayant menées à la production de la Buffalo Mitraille ou Eureka. Il est bien dommage de ne pouvoir remonter dans le temps et de débattre avec ces hommes et femmes de leurs visions et des moyens de réalisation disponibles à l’époque. C’était un choix audacieux, il a été fait.

Conclusion

Manufrance a une place toute particulière dans mon coeur à plus d’un titre. Cette place est renforcée lorsque l’on étudie en  profondeur les mécanismes provenant de cette entreprise. Sur la durée, on constate une continuité. Il s’agit du coté synthétique des mécanismes des armes de Manufrance. Sous une apparente simplicité se cache des mécanismes terriblement bien conçus, solides, comportant peu de pièces, utilisant des matériaux de grande qualité. On pourrait croire que la simplicité est aisé, ce n’est pas le cas. Le fait d’employer peu de pièces cache des pièces aux multiples fonctions et aux formes complexes. On peut inclure dans cette trame commune : le pistolet Le français, la carabine Buffalo, le fusil Simplex, le fusil Robust, le fusil Idéal…

Ce sont désormais des armes d’une autre époque ou les produits de France et de la vieille Europe devaient s’exporter en tout point du globe (Afrique du nord, Afrique noire, Indochine, Amérique du sud, Océanie, Europe…) et résister à toutes sortes d’agressions pour se transmettre de génération en génération.

J’ai commencé ce métier, après l’obtention de mon diplôme, en travaillant dans une armurerie parisienne. A deux pas de celle-ci, qui existe toujours, se trouve un foyer de travailleurs Maliens. Ces derniers à la recherche du “marfa ciré” (orthographe probablement mauvaise, traduction : bon fusil) achetaient, pour envoyer au Mali, des fusils monocoup Baikal mais le fusil qui avait à leur yeux un véritable intérêt était le fusil Simplex. C’était aux environs des années 1994- 2000 : bien après la fermeture de Manufrance.

Je rends hommage à travers cet article aux ingénieurs, techniciens, armuriers de Manufrance qui ont eu le talent de construire des mécanismes fiables et robustes.

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4 réponses à Le mécanisme Manufrance Buffalo

  1. Enzo dit :

    I’M THE OWNER OF ONE of this rifle,
    Thanks for your suggestion about the dismantling.
    One question, I world like to use, do you
    think possible?

  2. Guislain dit :

    Bonjour,
    La culasse obturateur (partie supportant le levier) désolidarisée de l’arrière suite à une mauvaise manipulation (ouverture forcée), je n’arrive pas à la remonter. Elle reste à 5mm de l’arrière, levier trop levé d’environ 45 degrés.
    Merci d’un conseil.
    Salutations
    Y. Guislain

    • Cédric dit :

      Bonjour,

      Au verrouillage, le levier est à la verticale vers le bas : le long de la carcasse.
      Après déverrouillage le levier est à l’horizontal à droite, à 90° de la carcasse.
      Pour le démontage/remontage, il faut faire 90° de plus qu’après ouverture. Le levier se trouve à la verticale en haut.
      L’idéal pour le montage/démontage serait que le percuteur soit à l’armé cela limiterait l’effort à faire.

      Si le percuteur est à l’armé, il dépasse de l’arrière de la culasse. Pour aider, vous pouvez utiliser une pince adaptée (non métallique) pour saisir l’arrière du percuteur (attention à ne pas abimer les pièces) et le tirer d’avantage en arrière ce qui devrait libérer le levier car il ne subit plus l’effort du ressort de percuteur. Sans l’effort du ressort de percuteur, placer le levier à la position verticale haute et en appui arrière sur son support. Ainsi vous pourrez probablement abaisser facilement le levier jusqu’à sa position horizontale à droite.

      Le problème pour le remontage de cette arme, c’est le ressort de percuteur qui est puissant.

      Cordialement.

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