Le pistolet Walther P38 / P1 Interarms en 9 mm

En 1934, le remplacement du P08 jugé capricieux, difficile à produire et d’une conception un peu démodée est souhaité.

Un  prototype crée en 1936, par la société Walther, sera modifié en 1937 pour être présenté aux tests de l’armée allemande. Sur la première version, le marteau n’est pas apparent.

Dessin de la première version du P38 (sources : Le P38 de Michel Malherbe).

C’est cette seconde version (avec marteau apparent) nommée Heeres Pistole qui sera adoptée en 1938 sous le nom de P38. La fabrication débute en novembre 1939.

Je ne relaterai pas d’avantage l’histoire de cette arme car je n’ai ni les compétences d’historien, ni l’envie. Ce rappel est utile pour situer la période, le contexte  dans lesquels s’insère cette arme. En effet, cela permet de la placer sur ce que j’appelle la trame, le fil conducteur des avancées techniques des pistolets automatiques.

L’arme présentée dans cette article n’est pas une version militaire produite pendant la seconde guerre mondiale. Mais une version plus “moderne” ayant une carcasse en aluminium.

Pour les détails historiques, il existe de nombreux livres sur le sujet, par exemple :

La couverture du livre : le P38 de Michel Malherbe.

Caractéristiques Générales :

  • L’épaisseur de l’arme : 36,7 mm ;
  • La hauteur de l’arme : 136 mm ;
  • La longueur de l’arme : 245 mm ;
  • Le poids de l’arme chargeur vide : 790 grammes ;
  • Le calibre : 9 mm.

Ci-dessous, des liens vous mèneront vers divers manuels utilisateur :

Sur la page “Téléchargement” du site se trouve divers documents à consulter. Des additions sont faites régulièrement….donc, n’hésitez pas à consulter cette page de temps en temps.

Description de l’arme par ensemble

L’ensemble carcasse

La carcasse assemblée réunie 32 pièces.

La carcasse nue est en aluminium anodisé. Quelques inserts métalliques ont été installés dans la carcasse notamment l’attache de dragonne, le logement du ressort d’arrêtoir de culasse et de gâchette, le logement de ressort de barrette.

C’est une pièce complexe si on la compare avec son “concurrent” français de l’époque : le MAS 35 A.

La carcasse a subit une simplification par rapport à la version d’origine. Ici, il s’agit du choix de la matière : l’aluminium. C’est une matière très agréable à usiner qui laisse un bel état de surface sans user les outils et permet une plus grande vitesse d’usinage. L’avantage est double puisque le poids de l’arme est diminué.

La queue de détente est en acier. Elle inclue son ressort de rappel qui est maintenu en place par un axe creux. Le fait d’avoir un ensemble constitué est très agréable car cela facilite le démontage et le remontage. L’axe de la queue de détente est l’axe d’arrêtoir de culasse.

Le poids de départ en simple action est de : 1,930 kg.

Le poids de départ en double action est de : 4,9 kg.

Les informations ci-dessus sont données à titre indicatif car selon l’angle de l’outil par rapport à la détente, les valeurs changent.

La gâchette est une pièce de micro-fusion. Ces formes sont complexes. Prendre le choix d’usiner cette pièce revient à monopoliser beaucoup de ressources. Cette dernière demande de nombreuses opérations et montages avec probablement d’autres outils spécifiques.

Les photos ci-dessous présentent la pièce montée sur la carcasse. On remarque que la pièce se loge sur les cotés extérieurs de la carcasse et non à l’intérieur. Le ressort de rappel de queue de détente agit sur la gâchette via la barrette séparatrice.

Le marteau ressemble à un chien de revolver qui fonctionne en double action. Évidemment, ce n’est pas anormal car il s’inspire des chiens utilisés sur les revolvers de l’époque et qui ont fait leur preuve dans le temps. En cela, la double action est obtenue grâce à un petit levier qui pivote autour d’un axe et qui est mu par un ressort.

Un cran d’armé de simple action est aussi présent sur le chien. Il sert lors du tir en simple action. Après avoir armé le marteau à la main ou après un tir, le marteau reste sur ce cran.

L’axe de marteau est aussi l’axe de levier de sécurité de percuteur (à droite du marteau) et du levier déclencheur (à gauche du marteau).

La barrette séparatrice et son ressort sont en acier. Cette pièce est l’intermédiaire entre la queue de détente et la gâchette.

Lorsque la culasse n’est pas complètement close, la barrette séparatrice est désolidarisée de la gâchette. Dit autrement, le marteau ne peut quitter son cran d’armé si l’on actionne la queue de détente alors que la la culasse n’est pas verrouillée.

La bielle de marteau transmet la force du ressort de percussion au marteau. Elle sert de guide au ressort de percussion. L’extrémité inférieure pénètre dans l’arrêtoir de chargeur.

Le ressort de percussion agit sur deux pièces. Vers le haut, il applique son effort sur la bielle de marteau (donc sur le marteau), vers le bas un effort identique est donné à l’arrêtoir de chargeur.

Sur certaine arme le ressort de percussion a une telle force qu’il faut faire attention à sont démontage. Ce n’est pas le cas sur cette version du P38, bien au contraire.

L’arrêtoir de chargeur est une feuille d’acier qui est mise en forme. C’est une pièce très bien réalisée.

On trouve des articles qui critiquent le fait d’avoir ce type de pièce et non un bouton poussoir sous le pousse. L’argument qui est souvent mis en avant est le fait de devoir déchausser son arme et donc de perdre du temps au rechargement. Je souhaite à travers ce chapitre rendre hommage à un vieux monsieur que j’ai eu l’occasion de croiser dans le passé. Ce dernier, douanier à la retraite, avait exercé sa fonction dans les colonies et notamment en Indochine.  Je me souviens d’une de ses anecdotes. Alors qu’il avait un Colt 45 en dotation, il lui est arrivé de perdre son chargeur et de s’en rendre compte au mauvais moment. Après cette mésaventure, il s’est trouvé un P38 et en était ravi.

L’arrêtoir de culasse est en acier. Il semblerait que ce soit un assemblage de deux pièces. L’axe semble rapporté et serti sur le corps. Le corps est une pièce de micro-fusion.

Le ressort d’arrêtoir de culasse et de gâchette a deux fonctions. Chaque branche agit sur une pièce. La branche de gauche agit sur l’arrêtoir de culasse, l’autre coté agit sur l’axe de gâchette et dans une moindre mesure la gâchette.

La fonction de récupération est assurée par 2 ressorts récupérateur qui sont portés par la carcasse. Les poussoirs maintiennent les ressorts en place dans leur logement.

Les dimensions des ressorts récupérateur :

  • Diamètre extérieur : 5,4 mm ;
  • Diamètre du fil : 0,6 mm ;
  • Longueur des ressorts : 103,7 mm et 104,2 mm.

L’éjecteur est découpé dans une fine tôle d’acier. Il est à noter qu’il est libre dans son logement, il se déplace d’avant en arrière dans le puit de chargeur. C’est surprenant d’un premier abord. Une fois le chargeur en place, l’éjecteur reprend sa place. Aucun dispositif ne le force à rester en arrière. C’est pas très commun.

Les plaquettes de crosse sont en plastique noir. Des renforts sont aménagés à l’intérieur des deux plaquettes pour renforcer les pièces.

Le levier de démontage est porté par la carcasse. Il agit sur la course avant de la culasse. Une fois pivoté le levier autorise l’ensemble canon/culasse à sortir vers l’avant. Au préalable, il aura fallut extraire le chargeur.

Cette pièce est la butée avant du canon. Sa butée arrière est la carcasse (à savoir, l’avant du puits de chargeur).

Pour actionner le levier, il faut tirer la culasse de quelques millimètres en arrière et faire correspondre une encoche sur le coté gauche de la culasse avec levier de démontage.

Le logement du levier de démontage.

L’ensemble culasse

La culasse assemblée est en acier, c’est une pièce courte puisque le canon n’est pas englobé par elle.

La culasse du pistolet P38 comporte 15 pièces.

La culasse nue entre dans un bloc capable de : 139,5 mm x 30,1 mm (largeur) x 27,8 mm (hauteur). Elle est en acier.

Les logements du verrou sont usinés de chaque côté. Une encoche sur le dessus de la cuvette de tir reçoit l’indicateur de chargement.

Le percuteur et sa goupille sont obtenus depuis un cylindre d’acier.

Un petit “coup de pointeau” se trouve à l’arrière, il sert lors du remontage du percuteur. Pour remonter correctement ce dernier, il faut positionner le coup de pointeau en direction de la hausse. En positionnant le repère vers le haut de l’arme, on fait correspondre les deux encoches de l’arrière du percuteur avec les pièces correspondantes (à savoir une encoche en angle droit, à droite du percuteur : avec la sécurité de percuteur. A gauche, l’encoche arrondie correspond à la goupille du percuteur).

La goupille a un épaulement. On peut voir ci-dessous le percuteur monté dans la culasse.

Le ressort de percuteur possède deux fonctions. La première consiste à repousser le percuteur en arrière, la seconde est de maintenir l’indicateur de chargement dans son logement.

Le ressort de percuteur se monte à l’avant du percuteur. Ce n’est pas courant de voir un ressort de percuteur qui a cette forme.

L’extracteur, son ressort, son poussoir sont classiques. Il est intéressant de remarquer que l’indicateur de chargement est une pièce à part entière ce qui impose une certaine complexité. En effet sur certains pistolets automatiques, l’extracteur fait office d’indicateur de chargement. Cette solution aurait évité les usinages du dessus de culasse.

Le levier de sureté renferme un ressort et un poussoir. Lorsque l’on bascule cette pièce, le marteau se rabat. Elle fait fonction de levier de sureté en s’interposant sur le parcours du percuteur et de levier de désarmement en agissant sur la gâchette via le levier déclencheur.

Le logement du levier de sureté sur la culasse.

Le logement du levier de sureté.

L’indicateur de chargement est une pièce obtenue par matriçage. Il est mu par un ressort hélicoïdal qui le pousse en avant. Lorsqu’une cartouche est chambrée, l’indicateur de chargement fait saillie à l’arrière de la culasse, entre la hausse et le dessus du marteau.

Comme il est dit précédemment, il amène sous cette forme une certaine complexité. Pas par la pièce en elle même mais par son logement dans la culasse, par l’ajout du carter supérieur, par la forme du ressort de percuteur.

La sécurité de percuteur est un dispositif qui vise à éviter tout départ de coup intempestif. En effet, tant que le servant ne presse pas la queue de détente, il ne peut y avoir percussion car cette pièce vient s’interposer sur le passage du percuteur.

La sécurité de percuteur.

La hausse est un petit rectangle en acier. Comme on le verra plus loin, elle n’est pas réglable. Elle est maintenue en place par le couvercle de glissière.

Le couvercle de glissière est un morceau de tôle qui vient recouvrir l’usinage crée pour le logement d’indicateur de chargement.

L’ensemble canon

Le canon assemblé

Le canon nu est en acier, il entre dans un bloc capable de : 125,5 mm x 25,3 mm (largeur) x 28 mm (hauteur).

Le verrou est amovible. C’est une pièce massive en acier. Il lie la culasse au canon pendant une certaine course. Grâce au fait qu’il bascule de haut en bas, deux excroissances du verrou entre dans la culasse, cela verrouille le canon sur la culasse.

Le ressort de verrou est une petite lame en  V qui maintien le verrou sur le canon.

Le poussoir de verrou est portée par le canon. Il force le verrou à s’abaisser (dit autrement, il force le déverrouillage) lorsque le canon recule. C’est à dire lors d’un tir ou lorsque l’on tir la culasse en arrière.

Le culot de la cartouche chambrée dépasse de 2,2 mm.

Les éléments de visée

La hausse est en acier. Elle est amovible mais non réglable. Elle est maintenue en place par la pièce en tôle qui recouvre le logement du percuteur : le couvercle de glissière.

Le guidon est amovible, il est monté par queue d’aronde sur le canon. Il est par conséquent possible de jouer dans une certaine mesure sur cette mobilité pour ajuster le réglage en dérive (sur la droite ou sur la gauche). Et en hauteur si on le remplace par un plus petit ou un plus grand. Cela demande d’avoir un jeu de guidon disponible.

Le chargeur

Le chargeur est classique, il s’agit d’une tôle en acier qui est pliée. Les bords de la tôle sont soudés par point l’un à l’autre à l’avant gauche du chargeur.

Il est composé :

  • D’un corps ;
  • D’une planchette élévatrice (pièce en contacte avec les cartouches) ;
  • D’un ressort ;
  • D’un verrou de fond de chargeur ;
  • D’un fond de chargeur.

La contenance du chargeur est de 8 cartouches. On peut voir le nombre de cartouches restantes par les trous percés de chaque coté.

Le chargeur garni d’une cartouche.

Le principe du verrouillage

Le verrou du système Colt est usiné sur le canon, le logement du verrou : sur la culasse. L’arrière du canon se déplace de haut en bas. En position basse, le canon et la culasse ne sont pas liés. En position haute, le canon est verrouillé sur la culasse.

Le canon en position avant, le verrou est en position haute.

Sur le P38, le canon et le verrou sont deux pièces séparées. Le verrou est porté par le canon. Le canon se déplace d’avant en arrière. Le verrou se déplace de haut en bas. La course “avant-arrière” du canon est de 7 mm, elle est divisé en deux temps :

  • La course de garde : 4 mm ;
  • La course au verrouillage/déverrouillage : 3 mm.

Entre les deux courses, endroit que nous appellerons la position intermédiaire, le poussoir de verrou vient au contact de la carcasse. Si le canon poursuit son recul, il va forcer le verrou à s’abaisser. Il y a début de déverrouillage.

Le canon en position intermédiaire.

En fin de course arrière le canon se trouve au contact de la carcasse. Le verrou est en position basse. La culasse est entièrement libre. Tandis que le canon a fini sa course arrière, la culasse ayant emmagasinée de l’énergie poursuit sa course.

On a vu que le poussoir du verrou abaisse le verrou. Mais comment reprend il sa position haute ? Lorsque les ressorts récupérateurs se décompriment, la culasse repart en avant. Quand la culasse vient au contacte de la face arrière du canon (qui se trouve en position arrière), la culasse va pousser le canon vers l’avant. Au fur et à mesure de l’avancée du canon, le poussoir de verrou agit de moins en moins sur le verrou. Le verrouillage se fait sur 3 mm. Puis le course de garde se fait sur 4 mm.

Ce qui force le verrou a reprendre une position haute est l’excroissance du dessous de verrou. On voit sur la photo de l’intérieur de la carcasse (ci-dessous) qu’une certaine partie de l’anodisation est partie. Le métal apparait. Cela est du au frottement du dessous du verrou à cet endroit. C’est cette portée et le pan incliné qui précède qui incite le verrou à reprendre sa position haute.

Conclusion

J’ai eu un énorme plaisir à démonter cette arme. Elle est simple, bien conçue, bien réalisée. Elle se démonte très facilement et sans outillage spécifique.

La version présentée ici est une version évoluée par rapport à la version militaire. Si l’évolution est minime, c’est que la conception de cette arme a été terriblement bien pensée et suffisamment avant-gardiste pour traverser les ans sans ajouts supplémentaires. L’évolution ne porte que sur la matière de la carcasse : l’aluminium.

Dés le début, la conception s’est voulue plus simple que le P08 mais n’est pas simpliste pour autant. Le P38 est une arme complexe qui reprend certains codes esthétiques du P08.

Il est intéressant de remarquer que l’arrêtoir de chargeur sur le P08 est au niveau du pouce du servant. Hors sur le P38, l’arrêtoir de chargeur est sous la poignée pistolet (plus sécure tout en faisant perdre plus de temps au rechargement). C’est pour moi la volonté de ne pas reproduire une erreur passée. Les motards de la Gendarmerie ou de la police en savent quelques chose. Ce n’est pas rare qu’ils perdent leur chargeur sur la route à cause du bouton poussoir censé leur faire gagner du temps. Voire aussi l’anecdote citée dans le corps de l’article.

A la même période, apparaissait le Browning GP35 (une arme de grande capacité ou de capacité intermédiaire). Un petit regret est de ne pas avoir eu de “croisement” entre les deux armes. A savoir un P38 de grande capacité. Le croisement viendra bien plus tard sous les traits du Beretta 92, c’est une autre histoire que nous aborderons prochainement.

Dans un précédent article : Le schéma directeur des avancées techniques du pistolet réglementaire Français,  nous nous sommes penché sur les pistolets Français. Il est clair que le monde de l’armement français de l’époque est en retard par rapport à ses voisins allemands et Belges. Il a fallu deux ans pour modifier un prototype (dont le système de verrouillage est nouveau) et le mettre en fabrication en Allemagne. En France, il a fallu 18 ans pour le MAC 35 A et son principe de verrouillage de type Colt. 18 ans pour une arme dépassée dés sa sortie ! C’est lamentable ! C’est pas seulement un retard mais une absence de vision voire de l’incompétence des bureaux d’étude et des décideurs Français.

Le GP35 et le P38 viennent d’entreprises civiles. D’où l’intérêt de conserver, sur le sol national, un tissus industriel dédié et au fait des techniques et des produits récents.

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