Le revolver Smith et Wesson Bodyguard en 38 sp + P

J’ai écrit précédemment que les revolvers étaient figés dans le passé, sous une certaine forme. Le fabricant Dan Wesson l’a fait évoluer par l’ajout d’un canon amovible aisément (voir l’article). Bien que le revolver que nous allons étudier possède les fonctions classiques d’une arme de ce type, il bouscule des dogmes par sa conception et réalisation qui sortent de l’ordinaire.

Photo issue du site : genitron.com

Le Smith et Wesson bodyguard que nous détaillerons ici n’est pas en très bon état, son ancien propriétaire l’a maltraité. Ce n’est pas très important, la relique sera suffisante pour éclaircir certains détails techniques. Par la suite, cette arme sera détruite conformément au souhait de l’administration.

Caractéristiques générales

  • L’épaisseur : 34,2 mm ;
  • La hauteur : 121 mm ;
  • La longueur (diagonale canon / crosse) : 196,5 mm ;
  • Longueur du canon : 48,3 mm ;
  • Le calibre : 38 Spécial + P;
  • La capacité : 5 cartouches ;
  • Poids de l’arme : 406 grammes ;
  • Mécanisme : double action.

La carcasse

La carcasse est en aluminium. Le bloc capable de la pièce est : 120 mm x 56 mm x 34 mm. Le poids de la pièce (avec le canon et le guidon) : 102 grammes.

Cette pièce est réalisée par usinages à commande numérique. C’est évident, mais je préfère le signaler tout de même.

Comme on peut le voir, la carcasse de cette arme ne reprend pas les formes “habituelles” des revolvers Smith et Wesson. La carcasse a bénéficié de ce que je nomme une simplification par la division. C’est à dire qu’une seule pièce cède la place à plusieurs éléments qui une fois combinés forment une carcasse.

Avec les pièces du mécanisme montées :

Elle est le support de toutes les fonctions. La carcasse comprend le renfort du canon, dit autrement, la carcasse entoure le canon. Cette conception est rare.

La face arrière de la fenêtre du barillet (en relation avec la face arrière du barillet) est simplifiée, il s’agit d’une surface plane percée par deux trous seulement (un dans l’axe du percuteur (qui est aussi l’axe du canon), le second dans l’axe de rotation du barillet).

Le canon

Le canon est un des points importants ayant déclenché la rédaction de cet article. Traditionnellement, les canons de revolvers sont en acier, ils sont vissés sur la carcasse. Comme on l’a vu ci-dessus, sur le Bodyguard ce n’est pas le cas.

Il semble que le guidon “morde” un peu la génératrice supérieure du canon. Est ce vrai ?

Le canon en acier est entouré par le métal de la carcasse soit de l’aluminium. Ce montage est inhabituel. La question que devrait se poser automatiquement le lecteur est : comment est monté le canon dans son logement ? Est il vissé ? Si c’est le cas, comment est ce possible puisqu’il n’y a pas de carré d’entrainement ? Est il monté à la presse ? Est il collé dans son logement ? Est il goupillé ? autre moyen pas classique ? Passer la carcasse aux rayons X permettrait d’obtenir des informations sur la question sans employer de moyen destructif…mais je n’ai pas accès à ce genre d’outils.

Après extraction, voici les informations relevées. Le canon est vissé sur la carcasse. Il n’est pas collé. Le profil extérieur est étagé.

  • Un premier étage donne un diamètre de 12 mm pour une longueur de 20,8 mm environ ;
  • Le second étage est un filetage de : 13 mm x 36 TPI (soit 0,705 mm) sur une longueur d’environ 14,5 mm ;
  • Le troisième étage est le logement du guidon : 13,2 mm x 10,5 mm ;
  • Le dernier étage est un évasement très court au niveau de la bouche.

Le barillet et son pivot

Un non initié ne trouvera pas de différences entre ce barillet et un autre. Il est certain qu’il parait classique. Cependant, il amène divers commentaires.

La capacité du barillet est : 5 cartouches. Les dimensions : le diamètre : 34,2 mm , la longueur : 41 mm.

Pour démonter le barillet, il faut extraire la goupille avant de pontet et extraire le pontet. Il aurait été plus simple pour l’utilisateur d’avoir une vis qui conditionne la fixation du barillet …mais bon ! l’opération se fait aisément.

Ce qui change sur cette arme et qui est important, c’est l’entrainement de la rotation du barillet. D’ordinaire, une came qui monte et descend (selon la position de la queue de détente) fait tourner le barillet autour de son axe en agissant directement sur l’étoile de barillet/l’éjecteur. Mais ici, la came fait pivoter le verrou de barillet et c’est cette dernière pièce qui fait pivoter le barillet. Il n’y a pas de pièce en plus car de toute façon il serait nécessaire d’avoir un verrou de barillet mais cette pièce reçoit des fonctions nouvelles : elle verrouille le barillet et l’entraine.

Les cinq logements du verrou de barrillet (verrouillage de la rotation) sont usinées entre deux chambres.

L’indexage de l’étoile de barillet/l’éjecteur est une pièce rapportée sur le barrillet.

Le bourrelet des cartouches ressortent du barillet. Il n’y a pas de drageoir.

Le pivot de barrillet est en aluminium. Comme toujours sur un revolver cette pièce est complexe. L’axe de rotation du barillet est un tube de diamètre : 7,5 mm. L’axe de pivot sur la carcasse a un diamètre de 6,2 mm.

Le poussoir de l’éjecteur n’est pas vissé sur l’étoile de barillet/l’éjecteur. C’est une vis qui retient cette dernière en place, sous la compression de son ressort.

Le mécanisme

Le mécanisme n’apporte rien de plus qu’un autre mécanisme de revolver. Les fonctions sont les mèmes. En revanche, la forme et la méthode de réalisation des pièces est propre à ce modèle. Ce mécanisme est très différent de ceux des anciens mécanismes de revolver Smith et Wesson.

Le percuteur est porté par la carcasse. Le diamètre du corps de percuteur est : 5 mm. Le diamètre de la pointe : 1,8 mm. L’extrémité du percuteur est très pointue. Le retrait du percuteur après percussion se fait par le fait que le percuteur est plus petit que son logement. Le marteau reste en appuie sur la tranche arrière de la carcasse après percussion. Le percuteur s’extrait par l’arrière après avoir démonté la sécurité de percuteur.

Le ressort de percuteur est hélicoïdal. Il a un diamètre extérieur de 4 mm. Sa longueur déployée est : 6,5 mm. Le diamètre du fil est : 0,3 mm.

Le bouchon du percuteur est monté à la presse (ou à l’aide d’un gros chasse-goupille) sur la carcasse. On peut l’extraire en le poussant depuis l’intérieur du logement du percuteur.

Le marteau est une pièce de micro-fusion en acier. Il ne possède pas de cran simple action, l’arme est en double action seulement. Il n’a pas de fonction de rebondissement, il reste en appui sur la face arrière de la carcasse. Il est intéressant de constater que l’arrière du  marteau a subit un rétreint après moulage (la surface est légèrement creusé).

Le marteau tourne autour d’un axe qui le lie à la carcasse. L’axe a un diamètre de : 3 mm x 12,2 mm.

La double action est assurée par une petite pièce montée sur le chien  (pièce de couleur noire sur les photos).

La bielle de marteau est en acier, elle est obtenue dans une tôle de 2 mm par emboutissage. La jonction bielle de marteau/marteau n’est pas courante. Cette jonction est haute, bien au dessus de l’axe de rotation du marteau.

Le ressort de marteau est hélicoïdale. Sa longueur déployée est : 45 mm, son diamètre externe : 5,3 mm, le diamètre de fil : 0,9 mm.

La butée du ressort de marteau est un petit cylindre en plastique moulé de 9,6 mm de diamètre. Il prend place dans le bas de la poignée.

La queue de détente est une pièce de micro-fusion en acier. Elle possède une forme unique qui ne peut être obtenue qu’en micro-fusion. La queue de détente pivote autour d’un axe qui ne peut être extrait que par le coté droit de la carcasse.

La commande du verrou de barillet est portée par la queue de détente. C’est également une pièce de micro-fusion. Elle est mue par un ressort hélicoïdale de dimensions : longueur : 9 mm, diamètre extérieur : 2,9 mm, diamètre du fil : 0,2 mm. un petit cylindre en acier le maintien sur la queue de détente.

Une poussoir et un ressort complètent la commande de verrou de barillet.

Le poussoir et le ressort sont utilisés aussi par la came de rotation du barillet.

Le verrou de barillet en rotation est une pièce de micro-fusion en acier. La largeur du verrou est : 2,55 mm. Il est mu par un ressort de faible volume : longueur : 5,5 mm, diamètre externe : 1,7 mm, diamètre de fil : moins de 0,2 mm. L’axe du verrou ne peut s’extraire que du coté droit de la carcasse à l’aide d’une pince. L’axe est identique à celui de la queue de détente, ils sont interchangeables.

Le ressort de queue de détente est hélicoïdale, il ramène la queue de détente en avant après que le tireur ait relâché son effort sur la queue de détente. Les dimensions du ressort sont : longueur : 25,5 mm, diamètre externe : 5 mm, diamètre de fil : 0,6 mm. Le poussoir de ressort de queue de détente est un cylindre en acier. Il me semble qu’il s’agit d’acier inoxydable. La butée arrière du ressort de queue de détente est un petit cylindre.

Le verrou/moteur de la rotation du barillet est un cylindre en acier obtenu par micro-fusion. C’est un élément peu courant sur un revolver. D’ordinaire, le verrou n’assure pas la rotation du barillet.

Le ressort de verrou/moteur de rotation du barillet est placé au centre.

Le levier de manœuvre du verrou de barillet est une came qui transforme un mouvement linéaire en rotation.

La sécurité de percuteur et son ressort ne sont pas communs non plus. Cette pièce se loge dans la carcasse, il immobilise le percuteur en entrant dans l’encoche de ce dernier. C’est l’élévateur de barillet/la came de rotation du barillet qui en arrivant à sa position haute efface la sécurité de percuteur. Il faut pour cela que le tireur appuie sur la queue de détente.

La poignée pistolet et la poignée caoutchouc

Je pensais que cette partie était en aluminium anodisée. Non, il s’agit de matière plastique.

Cette pièce est maintenue sur la carcasse alu par cinq vis Allen de diamètre 3 mm.

Deux inserts acier sont montés de chaque coté de la poignée pour rigidifier l’ensemble. D’autres parties métalliques sont visibles par des trous aménagés dans le plastique.

A quoi ressemble le ou les inserts qui sont noyés dans le plastique de la poignée. Une fois encore, le seul moyen de le savoir est de les sortir de leur support. Ce sujet fera l’objet d’un prochain article.

Sur les armes composées de plusieurs éléments et selon le calibre, il est nécessaire d’aménager une surface qui absorbe la force du recul. Il existe une portée de recul sur le revolver Bodyguard. La face arrière de la carcasse (perpendiculaire à l’axe du canon) vient au contact d’une butée au fond de la poignée pistolet.

Le poussoir de verrou de barillet (verrouillage au basculement) est portée par la poignée pistolet. On peut dire qu’il est ambidextre mais il n’est pas aisé de le manipuler.

Une poignée caoutchouc enlace l’ossature de la poignée pistolet. Elle tient par une goupille mécanindus. La poignée n’amène pas de commentaire particulier si ce n’est qu’elle tombe bien dans la main et que le caoutchouc assure un bon maintien, une bonne adhérence.

Le pontet

Il ne m’est pas possible de vous le présenter car il est en plastique et sur mon exemplaire, il a été cassé. La partie restante est le morceau qui maintient le barillet en place. L’arcade de pontet tient sur la carcasse par une goupille qui ne peut être extraite que par le coté droit de l’arme.

Les éléments de visée

La hausse est fixe, elle est taillée dans l’aluminium de la carcasse.

Le guidon est amovible, il est goupillé sur le renfort de canon (qui fait partie de la carcasse).

Le laser

L’arme est fournie d’origine avec un laser. Il est monté sur le coté droit de la carcasse. Il est maintenu en place par une vis. C’est elle qu’il faut déserrer pour accéder aux deux piles qui alimentent l’appareil.

L’interrupteur (petit bouton gris au dessus du dispositif) propose 3 positions : l’arrêt, un point rouge fixe, un point rouge  intermittent.

Deux vis de réglage, une en dérive, une seconde en hauteur permettent de superposer le point du laser avec le point d’impact.

Conclusion

Le revolver Bodyguard existe depuis de nombreuses années. Il n’a cessé d’évoluer au fil du temps. La présente version est une rupture avec les version précédentes (mod : 49, 649, 638). Le volume de l’arme est proche de celui de ses précurseurs mais la conception et la réalisation est peu commune. Il y a avec le Bodyguard moderne un changement de philosophie.

Il est amusant de voir que cette arme réunie plusieurs principes développés séparément sur le site gunsmithdesigner.com : la simplification par la division,  l’utilisation d’inserts métalliques moulés dans le plastique, l’utilisation omniprésente de la micro-fusion , le mix de matériaux légers…c’était une bonne chose d’en avoir parler précédemment, nous retrouverons ces principes régulièrement sur les armes récentes.

Si le constructeur a fait les choix que nous avons cités, il est probable qu’il soit gagnant sur le délais de fabrication et de manière générale sur les ressources employées. Je pense que cette arme amène une simplicité relative, elle n’est pas si simple qu’il n’y parait.

La technique et l’innovation c’est bien ! mais en pratique, qui utilise encore ce genre d’arme ? Cinq cartouches, c’est peu comparé à la capacité d’un pistolet moderne ? Tout dépend de l’utilisation me direz vous…certes, mais bon !

En utilisant l’ingénierie inverse ou rétro conception nous avons pu approfondir notre connaissance de cet objet. A partir de divers constats, nous pouvons comparer les fabrications d’époques variées et tenter de circonscrire les couts et ressources nécessaires par modèle. Cette technique nous donne à voir aussi les changements culturelles d’une entreprise.

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3 réponses à Le revolver Smith et Wesson Bodyguard en 38 sp + P

  1. Georgio dit :

    Bravo pour cet atricle absolument passionant !
    Je decouvre votre site par hasard, je vais lire le reste des articles – et les suivants qui viendront – avec grand plaisir et interet.

    • Cédric dit :

      Bonjour,
      Je vous remercie pour vos encouragements. N’hésitez pas faire de la publicité au site : gunsmithdesigner.com, il n’en sera que plus fort.
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      Cédric.

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